« Je voudrais que mes enfants grandissent avec des récits de femmes » dira-t-elle au cours de la soirée.

Ses récits à elle, Gwénola Morizur les a d'abord diffusés sur les réseaux sociaux avant d'en faire une lecture musicale devenue désormais une lecture dessinée.

Sous ses mots et derrière les couleurs de Céline Ziwès se devine, au cours d'un spectacle tout en douceur, une Wonder Mama souvent fragile, parfois au bord de la rupture mais chaque jour un peu plus forte.

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Toutes deux vêtues de noir pour que l’œil reste attentif à l'écran sur lequel les dessins apparaissent, elles occupent la scène. A gauche, Gwénola Morizur, derrière son pupitre ; à droite Céline Zimès devant sa table à dessin. Petit à petit, portée par une musique originale, Wonder Mama se dessine. En bleu pour la rivière, en orange dans des tourbillons tourmentés pour l'accouchement, en fleurs qui poussent dans un champ de blé pour la douceur et l'émotion.

On y parle de deuil et d'absence, de sage-femme et de jardinage, de charge mentale et de Playmobil sur le bord de la baignoire. Et d'un amoureux qui fait des crêpes. Bref, une femme raconte sa vie de maman.

« Je voulais montrer qu'être mère

c'est mêlé de pas mal de sentiments »

Ses poèmes, Gwénola Morizur, autrice de BD, les a d'abord écrits pour elle, pour dire les « épuisements et [les] joies de [sa] vie de femme et de mère ». Désireuse de partager ce quotidien avec d'autres, elle les a publiés sur les réseaux sociaux où ils ont tout de suite trouvé leur public. D'autres femmes, comme elle, avec les mêmes bonheurs et les mêmes questions, qui comme elle  manquaient d'air dans une vie de maman un peu débordée.

« J'avais envie de raconter la réalité sans l'embellir et elles m'ont écrit que ça leur faisait du bien d'entendre ça - raconte-t-elle aujourd'hui - Souvent on se compare et on se dit : je suis nulle. Je voulais montrer qu'être mère c'est mêlé de pas mal de sentiments »

Cette première expérience a donné à Gwénola l'envie de se remettre à la poésie, constatant que de plus en plus de jeunes femmes se plaisent à écrire et lire ce type de littérature. De ces textes (publiés prochainement) elle a donc fait un spectacle dessiné avec sa complice Céline Ziwès, graphiste et autrice d'un ouvrage à paraître bientôt, A la racine.

« Il n'y a plus de place pour les mères

dans l'espace public

et très peu de place pour les enfants »

Ensemble, elles disent et illustrent les sentiments d'autres femmes. « Quand on est mère de jeunes enfants, on est très vite isolée » remarque Gwénola, elle-même maman de trois enfants de cinq, neuf et dix ans. Et note-t-elle aussi, encore plus quand on vit à la campagne, comme elle, où aucun espace de rencontre n'est prévu. « Quand les enfants jouent quelque part, on a besoin d'un endroit pour boire un café et discuter entre adultes » défend-elle. D'où l'importance des réseaux sociaux qui permettent les échanges et remplacent les espaces publics où déplore Gwénola, « il n'y a plus de place pour les mères et très peu de place pour les enfants ».

Wondermama2Depuis sa première maternité, la jeune femme a beaucoup lu sur les questions de parentalité qu'elles a mises au cœur de son travail. Elle constate que c'est plus facile aujourd'hui de trouver des ouvrages sur ce sujet « pas du tout exploré auparavant parce que ce n'était pas un sujet noble ». Les travaux de Camille Froidevaux-Metterie l'inspirent beaucoup. Ainsi que certains podcasts, notamment celui de Juliette Mogenet, Comment j'ai retrouvé ma mère.

Parce que les Wonder Mama ont aussi besoin d'être écoutées, même et surtout sans doute quand résonnent sans cesse à leurs oreilles les petites voix appelant « maman » sans jamais se lasser, Gwénola parle aussi beaucoup de sororité. « Aujourd'hui je me sens très liée à beaucoup de femmes – dit-elle – et ça fait un bien fou de se sentir reliées, connectées, parfois virtuellement parfois pour de vrai, et ensuite parfois pouvoir mener des actions ensemble ! »

Geneviève ROY

Présenté le 7 mars à la Maison Bleue à Rennes, le spectacle Wonder Mama sera joué à la médiathèque du Rheu le 15 mars à 16h et à Bréal-sous-Montfort le 29 mars puis le 25 avril à Hédé.