Certaines sont demandeuses d'asile, d'autres sont accompagnées pour des problèmes de santé mentale, d'autres encore sont hébergées avec leurs enfants dans un foyer d'accueil.xc
Toutes ces femmes ont en commun leur vulnérabilité mais surtout la réalisation d'expositions qui, particulièrement en ce mois de mars, nous rappellent que les femmes peuvent dépasser leurs limites pour vivre ou survivre et qu'ensemble, elles sont capables d'aller très loin.
Chaque année dans la programmation du mois de mars de Rennes Métropole autour des droits des femmes, les expositions tiennent une place importante. Elles permettent souvent en quelques photos ou dessins et quelques témoignages de tracer des parcours de vie. L'édition 2025 le prouve encore une fois.
Féminisme et handicap : une double discrimination
On parle rarement des femmes atteintes de troubles psychiques. Pourtant, elles sont plus encore que les autres victimes de violences sexistes et sexuelles (80% d'entre elles) et souffrent d'une double discrimination : celle liée au genre et celle liée à leur handicap.
Les chiffres nous le disent, les abus sexuels sont trois à cinq fois plus importants chez les personnes en situation de handicap qui déclarent par ailleurs deux fois plus que les autres avoir subi des agressions incestueuses dans leur enfance.
A Rennes, l'association L'Autre Regard qui œuvre en faveur de l'inclusion sociale et la dé-stigmatisation du handicap psychique, accompagne quelques-unes de ces femmes vulnérables. C'est en constatant un manque important d'informations en matière de santé, de contraception, de la notion de consentement, etc. que les professionnel.le.s de l'association ont décidé de développer des cycles d'ateliers en non mixité sur ces questions. Pour la deuxième année, le mois de mars est l'occasion de concrétiser le travail accompli par une exposition à l'Espace Social Simone Iff de Maurepas.
Fantine, Mélissa, Patricia, Marie-Charlotte, Julie, Nadège et Cécilia présentent des cyanotypes réalisés à partir de photos qu'elles ont prises les unes des autres. Surtout, elles disent avec leurs mots la réalité de leur quotidien. « Il faudrait que les psychiatres aient plus de temps avec les patients » constate l'une quand l'autre déplore : « on a moins de trente minutes de conversation parce qu'il passe de personne en personne ». « Les équipes changent tout le temps, mais la proximité c'est plus sain pour nous » peut-on encore lire au fil des textes anonymisés exposés autour des photos ou bien « ce qui fait du bien dans les associations c'est qu'ils ne nous prennent pas pour des "handicapées" mais pour des personnes ».
Il n'y a pas de roses sans épines
Elles ont accepté de poser devant l'appareil photo mais aussi de photographier elles-mêmes des paysages ou des objets symboliques qui disent beaucoup de leurs parcours de vie. Tennur, Raïssa, Fahima, Ruth et les autres sont huit femmes migrantes accompagnées dans leurs demandes d'asile par l'HUDA 35 Coalia. En attendant leur régularisation, pas question pour elles de pouvoir travailler. Une situation qui, après les violences subies dans l'enfance puis lors de leur parcours migratoire, vient un peu plus les fragiliser sur le plan psychique.
Un atelier hebdomadaire d'expression par la photo leur a été proposé par l'association Diapositive. Une façon pour elles de s'accorder entre femmes « un temps hors du quotidien » et ainsi de « retrouver la confiance ».
Les photos évoquent un vécu, une émotion, une situation et renvoient aux textes rédigés à la première personne. « J'aimerais lire et écrire comme les autres » confie Germaine à côté de la photo d'un stylo. « Cet oiseau c'est moi, il a l'air heureux mais au fond il ne l'est pas. Je me sens seule » écrit Antoinette. L'une a photographié un trousseau de clefs pour dire la maison dont elle rêve ; une autre a choisi un panneau de signalisation routière barré du mot "passage interdit" et explique « je me suis dit que parfois il fallait franchir des barrières pour aller de l'autre côté ». Adama constate « nous, on a eu la chance de fuir, mais les autres... »
Les photos sont belles, mais les mots sont forts. Dans Diapositive, il y a positive ; ces femmes malmenées par l'existence gardent un esprit positif et laissent échapper tant de force de vie qu'on ressort avec la conviction qu'elles s'en sortiront forcément.
Le geste et les mots
Le geste, c'est celui de la création artistique : dessins, collages, etc. Les mots, sont ceux des femmes des ateliers mais aussi de Simone de Beauvoir, bell hooks et Niki de Saint-Phalle. L'exposition présentée à la Maison Bleue par le centre parental Ti An Ere de l'Asfad est le fruit d'un travail avec des résidentes accompagnées de l'illustratrice Céline Ziwès.
Derrière les couleurs des œuvres artistiques, on saura voir le quotidien, pas toujours rose, de Mélanie, Clara, Raby Laura et Djeneba. « Si on n'avait pas besoin de se protéger des autres, on serait douces tout le temps » dit l'une d'elle.
« Et vous à quel moment prenez-vous soin de vous ? » interroge une affiche. L'objectif de ce projet était bien en effet : prendre le temps. Prendre le temps de faire, de créer, fabriquer, « ajouter de la beauté au monde » mais aussi prendre du temps pour soi ; pour l'une ce sera faire la cuisine, pour une autre lire, une autre encore souhaite passer du temps sous sa douche...
Prendre le temps de parler aussi et même de « papoter » entre femmes, en toute confiance, autour des mots des plus illustres. « Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale » prédit Niki de Saint-Phalle ; les femmes du centre parental lui répondent qu'elles veulent être « fortes, avoir de la gueule, ne rien lâcher, dire ce qu'on pense » et... « écouter la vie » !
Geneviève ROY
Les expositions à voir :
Féminisme et handicap : une double discrimination au centre social de Maurepas (ESC Simone Iff) jusqu'au 28 mars
Il n'y a pas de rose sans épines à la Maison Internationale de Rennes jusqu'au 21 mars
Le geste et les mots à la Maison Bleue, rue de Verdun, jusqu'au 21 mars
Mais aussi :
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