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Le nom peut induire en erreur. En réalité, le FMI programmé à Rennes en ce milieu du mois d'avril n'avait pas grand chose à voir avec l'autre.

Entendez plutôt par là, le Festival des Médias Indés. Une première édition, annoncée comme le prologue d'un festival qui devrait revenir donc dès l'année prochaine.

On y parlé journalisme libre, respectueux des diversités, affirmant des valeurs de « vivre et faire ensemble ». Et bien sûr, parmi les tables rondes proposées, nous avons particulièrement repéré celles qui abordaient les questions de féminisme.

 

Une cinquantaine de médias indépendants étaient présents les 11 et 12 avril sur le site bucolique de la Paillette, du théâtre au lavoir en passant par les espaces verts attenants. Sous le parrainage de Guillaume Meurice et avec le soutien du Fonds pour une presse libre, la première édition du FMI a regroupé professionnel.le.s et public soucieux d'une parole libre face aux médias dominants qui de plus en plus confisquent et uniformisent l'information au service d'idées capitalistes.

On sait qu'en matière d'information la neutralité n'est qu'un mythe. Des associations de professionnel.le.s de la presse, comme l'AJAR (association des journalistes antiracistes et racisé.e.s) ou l'AJL (association des journalistes lesbiennes, gay, bi.e.s et trans) militent même désormais pour un journalisme situé. Leur objectif étant de « modifier le métier de l'intérieur » en veillant à un meilleur traitement des sujets concernés mais aussi à une plus grande représentation de la diversité au sein des rédactions.

FMI« C'est intéressant d'être dans des rédactions où on n'est pas forcément attendues, où on est minorisées » défend Yasmine Choukaïry. En tant que féministe, elle a pendant des années passées en presse féminine, agit pour changer les regards avec, dit-elle, « la sensation d'être derrière les lignes ennemies ». Co-présidente de l'AJAR, la journaliste qui travaille actuellement à Ouest-France, œuvre principalement désormais à « briser le plafond de verre » qui limite toujours l'intégration de journalistes racisé.e.s dans les médias.

« Si dans les rédactions il n'y a que des personnes blanches, comment va-t-on réussir à faire le récit du monde qui est pluriel ? » semble s'interroger Yasmine Choukaïri qui en fait connaît la réponse à sa question : « la pluralité des journalistes est importante – dit-elle - pour être le plus proche possible de la réalité » Et si voilà une trentaine d'années, les médias ont intégré des femmes dans leurs équipes, il est urgent qu'ils s'ouvrent aujourd'hui aux personnes racisé.e.s mais aussi aux personnes LGBTQIA+.

Des convictions que partage Mathilde Blézat, spécialiste des questions de handicap. Pour elle, le travail de journalisme doit « contribuer à rendre le monde plus juste » et pour « produire un autre regard » elle s'applique pour chaque sujet traité à élargir ses enquêtes aux personnes en situation de handicap.

« L'hostilité absolue et totale de la presse française

sur les questions de violences »

Lénaïg Bredoux, co-directrice de Mediapart, a de son côté développé l'idée qu'en période post #Metoo, les médias portent encore une vraie responsabilité dans le traitement des affaires de violences sexistes et sexuelles. Précurseur en 2016, le site d'informations en ligne, a largement contribué à relancer les enquêtes d'initiative, autrement dit à ouvrir des investigations sur des affaires non encore traitées par la justice. Une façon de mettre en lumière l'affaire Beaupin dans un premier temps mais tant d'autres par la suite.

« Dès 2011, avec l'affaire DSK – se souvient Lénaïg Bredoux – on a pu voir l'hostilité absolue et totale de la presse française sur les questions de violences. On s'est dit que ça devait changer, qu'on ne devait plus considérer que c'était de l'ordre de la vie privée alors même que c'était réprimé dans le code pénal depuis très longtemps ».

Convaincu qu'il s'agit d'un sujet « d'intérêt général », la co-directrice de Mediapart insiste aujourd'hui sur l'importance de poursuivre cette couverture médiatique qui grâce à quelques affaires mettant en cause des célébrités permet de faire la lumière sur un sujet de société plus large. « Les enquêtes nominatives sur telle ou telle personnalité ont une vertu – dit-elle – elles permettent d'ouvrir le débat et d'illustrer un fait social. Ce que ça raconte c'est la banalité des violences ; je le vois donc comme un fait positif. »

Pas question, selon elle, de cesser ce type de travail, même s'il est de plus en plus remis en cause et que les rédactions hésitent plus souvent à traiter ces sujets-là que beaucoup d'autres. « Les cambriolages ne sont pas un sujet de vie privée, les viols, oui ! » s'indigne celle qui estime que parler davantage des violences n'ayant pas produit de changement radical dans l'attribution des budgets pour des politiques publiques plus actives, « si on arrête de mettre ça en haut de l'agenda médiatique ça ne peut qu'empirer ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : retrouver tous les enregistrements des différents échanges du FMI sur le site de la Paillette