
Lorsqu'elles ont entamé leur série de rencontres à la prison des femmes de Rennes, les bénévoles de l'association Osez le Féminisme 35 s'étaient engagées auprès de la Fondation des Femmes qui les soutenait, à communiquer sur la détention au féminin.
Après une année complète d'ateliers et de clubs lecture, voici venue l'heure de la restitution. L'exposition, illustrée par Maud Bénézit, est visible tout le mois de mars à Rennes, au Jeu de Paume.
Au départ, il y a la passion de Nadia pour les clubs lecture. C'est ce qui l'a fait se rapprocher d'OLF 35 dont elle est désormais co-présidente. C'est aussi ce qui l'a entraînée vers une rencontre organisée par Rue des Livres où elle apprend que des associations peuvent intervenir à la prison des femmes de Rennes.
Conjuguée à son envie d'élargir le public des clubs d'OLF où « tout le monde est d'accord », cette découverte lui donne une idée : proposer des clubs lecture féministes aux détenues. Les liens avec la responsable des animations sont faciles à mettre en place, l'intérêt du projet retient l'attention de la Fondation des Femmes qui accepte de participer financièrement.
Bref, tout s'enchaîne au mieux pour que des clubs s'organisent pour une période assez longue, l'année 2025. Et finalement, ce ne seront pas seulement des échanges autour de livres lus en commun mais aussi différents ateliers, temps de jeux de société, invitations d'intervenantes, etc. sur la thématique de l'égalité femmes/hommes. Des propositions variées (égalité dans le travail, les arts, l'éducation, violences, grossophobie, etc.) plutôt bien accueillies par les détenues. Et appréciées par les bénévoles.
Enrichir les rayons féministes de la prison
A la prison, il y a différentes conditions de détention, expliquent Nadia et Annick, membre du CA également engagée dans le projet. D'un côté la détention dite ordinaire et la maison d'arrêt qui fonctionnent ensemble pour les activités. De l'autre côté, depuis 2021, le QPR, entendez par là, le quartier de prévention de la radicalisation où se retrouvent des femmes condamnées à un certain isolement, sans contact avec le reste des détenues.
Ce sont bien souvent deux interventions que devra donc assurer OLF pour toucher un maximum de femmes. Pour les clubs lecture, pas de problème. Pour les rencontres à thème, c'est parfois plus difficile mais la volonté est là. Ainsi, Titiou Lecoq invitée à venir parler des inégalités économiques a d'abord rencontré les femmes du premier groupe avant de passer la fin d'après-midi au QPR.
Pour les clubs lecture, OLF s'est engagé à alimenter les stocks de livres déjà présents au centre pénitentiaire. A chaque fois, ce sont cinq livres qui ont été offerts au QPR et une quinzaine à la médiathèque des autres détenues. Une belle occasion d'enrichir les rayons féministes. « Dans la prison ordinaire, il y a une très belle médiathèque – commente Annick – mais côté QPR c'est beaucoup plus restreint. Pourtant, les jeunes femmes qui y vivent présentent un niveau culturel bien au-dessus de la moyenne ! »
C'est une des belles découvertes faites par les bénévoles. « Les filles du QPR ont une vivacité intellectuelle » s'enthousiasme Nadia ; tandis que Annick précise « elles sont cultivées, elles ont un niveau de réflexion... on passe vraiment un moment intéressant avec elles ! »
Communiquer sur la détention au féminin
L'expérience, si elle semble riche de sens pour les détenues, n'a pas non plus laissées les bénévoles de l'association indifférentes.
« Je n'avais jamais mis les pieds dans une prison – raconte encore Annick – j'avais une vision plutôt violente, très oppressante et ce n'est absolument pas ce que j'ai ressenti. Les détenues qu'on croise dans les couloirs sont des femmes qui nous ressemblent. Elles sont calmes, elles s'écoutent. Elles sourient. Mais gardent une tristesse, parfois une révolte, au fond des yeux parce qu'elles ont été malmenées par la vie. En QPR, je m'attendais à une certaine forme d'obscurantisme, au contraire, elles aussi défendent les droits des femmes. Notre thématique sur l'égalité et le respect a été très consensuelle. J'ai trouvé ça d'une richesse extraordinaire ! »
Un peu comme si, en apprenant à les connaître davantage, ces femmes devenaient autant victimes que coupables. Et ça, ça change le regard. Les bénévoles venues dans « une posture d'écoute » sont reparties avec une conviction : « la plupart ont été victimes de leur statut de femmes avant la détention, victimes de violences systémiques, ce qui leur donne un sens aigu du féminisme. »
Prolonger les clubs lecture en 2026
S'il est évident que OLF 35 ne souhaite pas en rester là et poursuit ses clubs lecture cette année, la co-présidente départementale aimerait bien faire des émules plus loin. « Il y a -dit-elle – un côté relativement naturel à ce que nous portions la question de la détention au féminin parce qu'on est sur le territoire de la plus grande prison pour femmes de France. Mais il y a deux autres grands établissements, Versailles et Fleury-Mérogis, et ce serait bien d'y être aussi... » Une envie qu'elle portera aux prochaines assemblées nationales d'Osez le Féminisme.
En attendant, l'heure est venue à la restitution auprès du grand public. Depuis l'automne dernier, OLF 35 est revenue en prison « avec une autre démarche ». Accompagnées de l'illustratrice Maud Bénézit, les bénévoles ont rencontré les différent.e.s acteurs et actrices de la détention : directrice, co-directeur, surveillantes, psychologue, assistante sociale, responsable du SPIP, etc.
Des entretiens qui donnent lieu désormais à une exposition de textes et de dessins. Installée au Jeu de Paume pour le mois de mars, cette exposition sera présentée aux détenues ensuite puis, espère Nadia, visible dans d'autres lieux de la ville notamment auprès des habitant.e.s du quartier proche du centre pénitentiaire.
Geneviève ROY
Photos : fresque sur l'histoire des droits des femmes réalisée dans les couloirs et les escaliers du centre pénitentiaire par les détenues et Anna Hubert, une artiste plasticienne invitée par OLF 35 en 2025
Pour aller plus loin - pour le mois de mars OLF 35 propose au Jeu de Paume trois rendez-vous :
l'exposition « Détention au féminin » du 1er au 31 mars avec un vernissage le mardi 10 mars à 19h 30 en présence de Maud Bénézit – un club lecture le samedi 28 février sur le thème « femmes, justice et détention » - une rencontre littéraire avec Audrey Guiller, autrice de « Emprisonnées »



